Des espaces pour enseigner différemment

De nouveaux espaces pédagogiques ouvrent au rez-de-chaussée de la bibliothèque universitaire centrale.

L’idée n’est pas nouvelle : des apprentissages solides nécessitent une forte implication des étudiant-e-s. L’Université de Lille − sciences humaines et sociales en a fait aujourd’hui une priorité. « Nous venons de mettre en place un plan de formation et d’accompagnement des enseignant-e-s et des enseignant-e-s chercheur-e-s, individualisé, explique Lynne Franjié, vice-présidente formation et vie universitaire de l’université, et nous lançons désormais chaque année des appels à projet pour soutenir les initiatives en matière d’innovation pédagogique » Les enseignants lauréats de ces derniers bénéficient d’heures de décharge et/ou de budgets de fonctionnement pour mener à bien leurs projets.

Pourtant, l’application de ces innovations à l’université bute encore trop souvent sur des problèmes pratiques. Car l’environnement de travail n’est jamais neutre. L’emploi des amphithéâtres, encore très en vogue pendant la construction du campus Pont de Bois il y a plus de quarante ans, contraint fortement le type de cours qui peuvent s’y dérouler. Et réduit de fait les interactions des étudiant-e-s et leur implication dans l’apprentissage.

De la même manière, dans les salles de TD, parfois peut-être inconsciemment influencé-e-s par la nature du lieu, les enseignant-e-s viennent d’abord « donner cours » et les étudiant-e-s y assister. « Certains enseignants-chercheurs ne manquent pourtant pas d’idées pour explorer d’autres configurations de cours. Mais en pratique, déplacer des chaises et des tables est long et bruyant, explique Lynne Franjié, et ils évitent le plus souvent de le faire. » Elle souligne le besoin d’espaces aménagés spécialement pour favoriser les « pratiques pédagogiques actives et interactives ».

C’est la raison pour laquelle l’année dernière, l’université avait aménagé et équipé deux salles (A1.601 et B2.234), d’espaces de travail en groupe dotés de mobilier mobile et d’écrans, notamment grâce à la direction des usages du numérique (Dune). « Pour l’instant, le nombre de ces salles est encore trop insuffisant pour représenter une réelle alternative », explique Jennifer Poullier, ingénieur pédagogique à la Dune.

Mais grâce au service commun de la documentation (SCD), un grand pas vient d’être franchi. Le SCD a en effet décidé de mettre partiellement à disposition des enseignant-e-s et de leurs étudiant-e-s, un espace conséquent de 450 mètres-carrés au rez-de-chaussée de la bibliothèque universitaire centrale (ce qui a entraîné un certain nombre de réaménagements, voir l’encadré en fin d’article).

Localisation des espaces sur le campus de Pont de Bois (Cliquer sur les salles pour des photos − voir en plein écran)

Pour quoi faire ?

Cet espace est disponible pour que les enseignant-e-s-chercheur-se-s y testent et développent tout type d’initiatives pédagogiques. D’ores et déjà, dans les deux salles aménagées jusqu’à présent, des enseignants explorent de nouvelles pistes. Enseignante-chercheuse en musicologie, Joëlle Caullier a par exemple beaucoup apprécié « la possibilité d’une géométrie variable, souplement : petits groupes, grands groupes, sans table ou avec table, voire même par terre, à l’improviste, grâce à la moquette. »

Quant à Ana Castelo, enseignante et responsable pédagogique du pôle Lansad, elle l’a également utilisée dans le cadre de ses recherches. Elle explore comment des apprentissages peuvent se faire à partir d’une pratique artistique, et en particulier quels rôles y jouent le corps, les gestes et les postures. La flexibilité de la salle lui a permis par exemple d’organiser des ateliers de théâtre sensoriel et des improvisations, suivis par une discussion collective en espagnol.

L’équipement des salles facilite aussi, tout simplement, l’internationalisation des formations de l’université. Un enseignant-chercheur en philosophie, par exemple, y organise des séminaires de logique en visio-conférence avec plusieurs établissements étrangers.

Ces espaces sont aussi particulièrement adaptés à la pédagogie par projet et par problème, où des petits groupes travaillent séparément sur un problème, puis mettent en commun dans un second temps les solutions qu’ils ont imaginées. « Par exemple, ce type de méthode pourrait être utilisé pour faire réaliser à des étudiant-e-s une traduction collective, explique Lynne Franjié, en confrontant les solutions choisies pour affiner le texte final. »

« Les formations professionnalisantes ou en alternance se prêtent bien à des exercices de mise en situation, plus faciles à mettre en œuvre dans ce type de salle » ajoute Barbara Gabriele, gestionnaire pédagogique à la Dune. C’est le cas du master Ressources humaines dans les institutions éducatives (RHIE), qui accueille souvent des enseignants en reconversion et utilise régulièrement la salle B2.234.

Une des configurations possibles, pour le travail en petits groupes…
Une des configurations possibles, pour le travail en petits groupes…
…une autre pour la discussion  collective.
…une autre pour la discussion collective
(salle B2.234 − photos Damien Besegher).

Réaménagement de la BU

L’aménagement des espaces pédagogiques dans la BU conduit à des réorganisations. Les périodiques, qui s’y trouvaient jusque-là, sont passés à l’étage supérieur. « C’est aussi l’occasion pour nous de faire évoluer la classification traditionnelle de nos documents, explique Anne Morenvillé, responsable du département développement des publics au SCD. À l’étage, les livres, les périodiques (revues, journaux, etc.) et les nouveautés seront désormais regroupés par pôles thématiques. » La BU est suffisamment grande pour supporter cette réaffectation de ces espaces, qui s’inscrit dans la politique de l’université menée depuis quelques-années de réaménagement de ses campus. « Notre mission est de fournir des outils à la communauté universitaire, explique Isabelle Westeel, directrice du SCD. Après l’espace vie étudiante en 2014, puis l’espace recherche en 2016, il était donc naturel que nous mettions à disposition des salles pour l’innovation pédagogique. » Le SCD utilisera aussi ces salles pour former les étudiantes et étudiants aux méthodes documentaires (dans le cadre de la rédaction d’un mémoire, etc.)

Nouveaux espaces de la BU : en pratique

Le SCD laisse à disposition des enseignants les nouveaux espaces pédagogiques le mercredi (9h-18h), le jeudi après-midi (13h-18h) et le vendredi matin (9h-13h). Il est d’ores et déjà possible de les réserver pour 2017-2018 dans le logiciel de réservation de salles (« Hyperplanning »). Ces espaces comptent en tout 44 places, espaces de travaux en groupe et de rendus collectifs reconfigurables, deux espaces avec vidéoprojection, un dispositif mobile de partage de contenus multimédia, une classe mobile de 15 PC portables avec offre logicielle standard. Le SCD utilisera ces salles pour former les étudiantes et étudiants aux méthodes documentaires, les lundi, mardi et jeudi matin (9h-13h).

Planning d’occupation des salles
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi
9h-13h SCD SCD Enseignant-e-s SCD Enseignant-e-s
13h-18h Accès libre Accès libre Enseignant-e-s Enseignant-e-s Accès libre

Le reste du temps, la salle est ouverte aux étudiants en accès libre sans réservation pour du travail en groupe les lundi, mardi et vendredi après-midi (13h-18h), ainsi que sur les créneaux dédiés aux enseignements et formations lorsque la salle est libre. Pour les étudiant-e-s, il existe aussi d’autres espaces de travail en groupe comme dans la bibliothèque Humanités ou dans celle du nouveau campus de Roubaix. D’autres vont ouvrir à la rentrée dans la bibliothèque Michelet (histoire).

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