Le magasin de la nouvelle bibliothèque Humanités. Plus de 10 000 ouvrages vont passer en accès libre.

Des fusions de bibliothèques

Issue de regroupements, une nouvelle bibliothèque voit le jour ce mois-ci à l’université, tandis qu’une autre est prévue dans les prochaines années.

Une longue histoire, et l’apparition au fil du temps de nouveaux besoins, ont façonné le paysage des bibliothèques universitaires, longtemps morcelé en structures de tailles diverses, souvent liées à des laboratoires ou des UFR. Une grande phase de regroupement a eu lieu dans les années 1980, avec la création des services communs de la documentation (SCD).

Pour des raisons diverses, comme les y invitait la loi, certaines bibliothèques ont choisi alors de conserver une autonomie en devenant « associées » au SCD. Dans notre université comme dans beaucoup d’autres, la politique est de conserver un nombre important de bibliothèques associées, en raison de la spécificité de la recherche en sciences humaines et sociales (voir encadré).

Pour autant, la création de l’Université de Lille va agréger un nombre conséquent de campus et d’UFR/facultés, dont la lisibilité ne sera pas forcément évidente pour les étudiant-e-s. C’est pour cette raison, entre autres, que certains regroupements de bibliothèques s’avèrent nécessaires. L’un d’eux est imminent, l’autre plutôt à horizon 2018. À cette date, il y aura alors 14 bibliothèques associées (voir la liste en encadré). Un chiffre comparable à ceux des autres universités de sciences humaines et sociales.

Une bibliothèque « Humanités »

Le premier regroupement est celui de la bibliothèque Humanités, qui va ouvrir en janvier 2017. Depuis le printemps 2016, l’UFR réfléchissait à regrouper les fonds documentaires de quatre de ses cinq départements (celui du cinquième, langues et cultures antiques, ayant un statut à part, car sa bibliothèque dépend également d’une autre UFR). Les bibliothèques actuelles de philosophie, et d’arts, lettres, et sciences du langage (Albert-Marie Schmidt) fusionnent donc. Cette nouvelle bibliothèque « Humanités », riche d’un fonds d’environ 65 000 ouvrages − sans compter les périodiques −, occupera les locaux de l’actuelle bibliothèque Albert-Marie Schmidt, qui dispose d’une réserve spacieuse. Les anciens locaux de la bibliothèque de philosophie, où celle-ci se trouvait de plus en plus à l’étroit, accueilleront eux un fonds plus petit lié à cette discipline, celui de l’institut Éric Weil, auparavant à la bibliothèque universitaire centrale.

La création de cette nouvelle bibliothèque vise d’une part à renforcer les synergies entre les disciplines qui composent l’UFR. « Il y a une cohérence à rapprocher, par exemple, l’esthétique de la philosophie, explique Georgette Dal, directrice de l’UFR, et il y a plus généralement de nombreuses parentés entre les fonds de ces différentes bibliothèques. L’opération vise aussi à mieux matérialiser l’UFR en l’adossant à un lieu de vie et d’échange. » L’un des objectifs est en effet d’organiser régulièrement des événements qui feront se rencontrer les différents usagers (cafés littéraires, événements artistiques, etc.) en cohérence avec la politique culturelle de l’établissement.

Dans les réserves de la bibliothèque Humanités Dans les réserves de la bibliothèque Humanités

Pour aménager la nouvelle bibliothèque, l’université a mobilisé des fonds pour la mise en place d’espaces de travail en groupe. Une salle d’écoute musicale va également permettre d’accéder à une importante collection de disques vinyles, inexploitée jusque-là.

Autre point-clé de l’opération, la sortie des réserves d’une partie des collections. « De février à juin 2017, plus de 10 000 volumes vont passer en accès libre », explique le nouveau responsable de la bibliothèque, Frédéric Gendre, qui a répertorié et réuni les différents fonds (pour permettre notamment leur intégration au catalogue informatique) avec l’aide du SCD.

Une bibliothèque de langues

Pour des raisons similaires, il était également logique de réunir les bibliothèques de l’UFR langues littératures et civilisations étrangères (LLCE). « Nous souhaitons à la fois rendre plus visible une richesse de l’université (23 langues enseignées), explique Philippe Vervaecke, premier vice-président de l’université, mais aussi en faire un lieu attractif et agréable pour les étudiants, au travers d’un investissement conséquent de l’université − près de trois millions d’euros pour l’ensemble du projet, dont un tiers pour l’aménagement de la future bibliothèque » . La bibliothèque réunira donc celles d’anglais (Angellier), d’études germaniques, d’études romanes, slaves et orientales. Son entrée sera face à un important amphithéâtre de l’université (B7), exactement là où, vingt ans plus tôt, se trouvait celle de l’ancienne bibliothèque de la faculté de droit, murée mais encore visible aujourd’hui par quelques marches.

La future entrée de la bibliothèque de langues se tiendra à cet endroit.
La future entrée de la bibliothèque de langues se tiendra à cet endroit.

L’idée est née également de problèmes récurrents d’espaces dans l’université. Or des étages supérieurs accueillaient jusqu’alors des réserves des bibliothèques de langues. Lumineux, traversants, ils étaient bien plus indiqués pour accueillir des étudiants ou des personnels que des piles de livres parfois fragiles… En outre, l’éparpillement des bibliothèques se traduit en général par une fréquentation plus faible et crée des doublons dans les équipements. Enfin, ces bibliothèques dont la configuration n’était pas toujours très pratique, ne proposaient pratiquement rien de leurs fonds en accès libre : avec le nouveau projet, une partie de leurs 150 000 volumes seront désormais beaucoup plus facilement disponibles.

Or il existe sur le campus de Pont-de-Bois, un espace inoccupé de plus de 700 mètres-carrés juste à côté de l’ancienne bibliothèque Jacques Vandier (qui a déménagé en avril, voir encadré). Depuis l’implantation de l’université à Pont-de-Bois, cette zone n’a jamais été utilisée. Située au sous-sol, elle pourrait tout à fait accueillir un lieu de stockage, le futur magasin de la bibliothèque de langues. Mais pour cela, il faut y effectuer d’importants travaux.

C’est l’opération la plus délicate du chantier. Car il ne s’agit pas d’un simple réaménagement. Son sol, aujourd’hui en terre battue, doit être abaissé pour obtenir un espace d’une hauteur suffisante. Pour éviter de fragiliser ainsi les fondations des piliers qui supportent le bâtiment B, il faut renforcer également ce sol d’une chape en béton. En outre, il faudra ménager le passage des engins de chantier à travers l’ancienne bibliothèque Jacques Vandier. Le tout à des périodes qui pénalisent le moins les milliers d’étudiants et de personnels qui fréquentent le bâtiment B.

Les tréfonds de l'université, autrement dit le « vide sanitaire » qui va accueillir les réserves de la future bibliothèque de
Les tréfonds de l’université, autrement dit le « vide sanitaire » qui va accueillir les réserves de la future bibliothèque de langues, après d’importants travaux .

Comme toute opération qui implique de réaffecter certains locaux, l’opération est à tiroirs. Le centre de ressources en langues (CRL) sera par exemple déplacé. Il y gagnera des locaux plus spacieux, là où se trouve aujourd’hui la salle du conseil. Ce qui permettra de reloger les enseignants du département études germaniques, néerlandaises et scandinaves, qui seront ainsi plus près du reste de l’UFR. Le CRL sera ainsi au même étage que la nouvelle bibliothèque de langues et proche de celle-ci. La salle de lecture de cette dernière occupera les locaux de l’actuelle bibliothèque Angellier, beaucoup plus grande grâce au départ de la réserve au sous-sol.

À l’issue d’un appel d’offres, le cabinet d’architecte est désormais connu. Il s’agit de l’atelier 2F, qui s’est notamment occupé du réaménagement de la nouvelle bibliothèque de Sciences Po Lille (dans les bâtiments historiques de celles de l’Université de Lille, rue Angellier à Lille).

Actuellement, le projet en est au stade des « études d’esquisse » (l’examen de la ou des solutions retenues, en précisant notamment les délais de réalisation, la faisabilité financière et technique). Le cabinet d’architecte va les présenter aux services et aux futurs usagers fin janvier 2017.

La spécificité des sciences humaines et sociales

Aujourd’hui, les bibliothèques associées sont peu nombreuses dans les deux autres universités lilloises. À l’Université de Lille − droit et santé, il en existe moins d’une dizaine. À celle de sciences et technologie, certaines ont été intégrées au nouveau learning center, Lilliad. En sciences humaines et sociales, en revanche, l’organisation est différente. « On dit souvent que les bibliothèques sont la paillasse des chercheurs en sciences humaines et sociales » rappelle Isabelle Westeel, directrice du service commun de la documentation. Dans un grand nombre de ces disciplines, les chercheuses et chercheurs ont un besoin vital des informations contenues dans les livres et revues, bien loin d’être systématiquement numérisés. « En sciences humaines et sociales, la monographie reste la pierre angulaire de la production scientifique, celle que privilégient de nombreuses instances nationales quand elles évaluent la recherche, indique Philippe Vervaecke. Et ce n’est probablement pas près de changer. » La nécessité de les consulter physiquement implique de conserver une proximité des bibliothèques avec les salles de cours, les laboratoires et les secrétariats de leurs disciplines.

Pour ne pas disperser les efforts de chacun, en revanche, le modèle choisi à l’Université de Lille − sciences humaines et sociales est celui d’un réseau, qui mutualise certains moyens. Les bibliothèques associées et leurs 400 000 documents partagent ainsi le même catalogue et même système informatique que le SCD. En outre, la politique d’acquisitions de livres et de documents est décidée en commun au sein d’un conseil documentaire. « À terme, nous souhaitons travailler ensemble sur les nouveaux services à proposer aux chercheurs, pour généraliser les bonnes pratiques. » explique Isabelle Westeel. Le projet de learning center de l’université devrait renforcer cette coordination.

Des entrées au catalogue

À l’aide de personnels spécialisés de la bibliothèque centrale, le fonds ancien de la bibliothèque Albert-Marie Schmidt (notamment des ouvrages des XVIIe et XVIIIe siècles, etc.) a été catalogué. Avec un financement de l’université, le SCD travaille également sur le catalogage du fonds hébreu avec une enseignante, qui sera achevé à l’été. Le SCD est aussi fortement impliqué dans la préparation des fonds de la future bibliothèque de langues. Enfin les différents mouvements de bibliothèques ont amené les collections de langues, littératures et civilisations polonaises à rejoindre le magasin de la bibliothèque universitaire centrale. Ces collections uniques au monde y sont désormais accessibles. Le traitement en cours permet de découvrir des pépites, témoignages d’une histoire régionale riche de liens avec la Pologne.

Déménagement de la bibliothèque d’égyptologie

La bibliothèque Jacques Vandier dans ses nouveaux locaux. (Thomas Nicq)
La bibliothèque Jacques Vandier dans ses nouveaux locaux.
(Thomas Nicq)

Depuis avril 2016, la bibliothèque d’égyptologie (Jacques Vandier) a quitté le sous-sol du bâtiment B pour les étages (niveau 3), à côté de la bibliothèque des sciences de l’éducation Jacques Hédoux. Jusqu’ici, elle était peu visible et inaccessible aux handicapés. Un comble alors qu’elle contient des fonds uniques au monde, issus notamment de la recherche lilloise dans ce domaine. « J’étais plutôt sceptique au départ, raconte Sylvie Vérité, responsable de la bibliothèque, car nous avons perdu vingt mètres-carrés dans l’opération. Mais à l’usage, la salle de travail est plus chaude, plus agréable et plus facile d’accès » Il reste à trouver une solution pour la réserve, pour l’instant très exigüe.

Les bibliothèques associées en 2018 :

  • à Pont de Bois : Langues, Humanités, Georges Lefebvre, Jacques Hédoux, sciences de l’Antiquité, Institut Eric Weil, IRHiS, STL, Jacques Vandier et DEFI
  • à Roubaix : IMMD-LEA et Infocom
  • à Tourcoing : IUT B et Arts plastiques.

Mise à jour : la bibliothèque Éric Weil a rejoint ses nouveaux locaux le 1er mars 2017.

Bibliothèque Éric Weil
Bibliothèque Éric Weil
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2 réflexions au sujet de « Des fusions de bibliothèques »

  1. Et bien, c’est ce qui s’appelle un sacré changement !!! Si cette fusion de bibliothèque permet au final une meilleure clarté et structure dans l’organisation et la segmentation des différents livres, classés par thématiques, alors tant mieux, car c’est l’objectif au final.

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