Qualité de vie au travail : les résultats de l’enquête

Prévenir les problèmes, plutôt que devoir y répondre dans l’urgence. Repérer ce qui fonctionne bien, pour le pérenniser. C’est le sens d’une enquête lancée en avril dernier sur la qualité de vie au travail dans l’université, dont les résultats viennent d’être rendus publics.

C’est une évidence, et c’est une obligation légale : tout employeur doit protéger la santé et assurer la sécurité de ses employés. Il doit en particulier prévenir les dangers que les conditions de travail peuvent faire peser sur la santé psychologique des salariés. Un décret du 5 novembre impose la tenue et la réévaluation fréquente d’un document recensant ces risques « psychosociaux ». Et préconisant des actions pour les prévenir. C’est pourquoi, en concertation avec le comité d’hygiène et sécurité et des conditions de travail (CHSCT), la présidente de l’Université de Lille Sciences humaines et sociales a demandé la constitution d’un groupe de travail sur la question. Le groupe, d’une vingtaine de personnes, comptait des représentants du personnel, de la direction et de l’encadrement, ainsi que des experts (médecin, assistante sociale, etc.). Ce groupe a lancé une enquête sur la qualité de vie au travail, dans l’établissement.

La conception de l’enquête

L’ensemble des résultats sera bientôt disponible sur l’intranet. Quelques éléments sont donnés ci-dessous.

Les résultats

Il y a d’abord les indicateurs qui sont plutôt bons. « Cela ne va pas dire qu’on ne doit rien faire, explique Sandrine Vanneste, assistante sociale du personnel. Au contraire, il faut comprendre : quelles sont les conditions qui font que cela va bien. Et prévoir ce qu’il est possible de faire si la situation se détériore » En sachant bien que le lieu de travail n’est pas la réponse à toutes les problématiques. Parmi les signes positifs, une majorité de personnels, qu’ils soient hommes, femmes, enseignants-chercheurs ou BIATSS, se sentent soutenus, reconnus et écoutés par leur supérieur direct, et par leurs collègues. Il n’y a pas non plus de sentiment d’insécurité physique sur le lieu de travail.

L’enquête pointe aussi ce qui est perfectible. Les personnels rapportent qu’en général, ils doivent travailler vite et de manière fragmentée, sur des tâches complexes, en masquant leurs émotions. Mais le climat de travail dans l’université (voir plus haut) permet d’éviter que ces situations ne deviennent trop stressantes. Au total, un peu plus de trois-quarts des personnels estiment se sentir parfois voire souvent épuisés par leur travail. « En principe, l’épuisement professionnel, c’est le stade juste avant le burn-out, explique Audrey Deparcy, Il y a des points à vraiment approfondir : par exemple, pourquoi un nombre important d’enseignants-chercheurs, et en particulier les femmes, témoignent d’une “addiction au travail” ? Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? » Ces constats doivent inviter à une réflexion sur la nécessaire séparation des vies personnelle et professionnelle.

Un quart des membres du personnel ont déjà ressenti le besoin de recourir à des substances médicamenteuses (anxiolytiques, somnifères, amphétamines, etc.) et autant à l’alcool, tabac, etc. Mais il n’y a pas de données le liant directement aux conditions de travail. Les maux physiques sont de stress, trouble du sommeil, troubles musculo-squelettiques (en particulier au niveau du dos), de la vue, etc. « Ce n’était pas une surprise. Globalement, cela correspond à ce nous connaissons dans nos consultations » indique Annick Tredez, infirmière de prévention. Il faut sans doute réfléchir à faciliter l’accès aux activités sportives. Un projet de salles de sport est actuellement en discussion avec la ville de Villeneuve d’Ascq, propriétaire des terrains.

Les conflits, inhérents à toute organisation humaine, sont présents à l’université, mais semblent peu fréquents. Ils se signalent par des moqueries, reproches répétés, rétentions d’informations, qui sont rapportés par les personnels. Quelques cas exceptionnels de signes de discriminations et de remarques à caractère sexuel vont être approfondis.

Enfin, il y a les points sur lesquels il faut être vigilant. Dans les réponses des personnels, il y a une différence très nette entre celles qui concernent l’encadrement direct ou les collègues de travail, et celles qui visent des entités plus abstraites (établissement, ministère…) Par exemple, une majorité de personnels considèrent que l’établissement ne se préoccupe pas de leur bien-être, ni ne les soutient pour réaliser leur travail correctement (mais en revanche qu’il est prêt à les aider en cas de problème). Une majorité estime aussi que leurs perspectives d’évolution de carrière et de promotion sont faibles. Un autre point saillant est le sentiment d’injustice vis-à-vis des procédures et des règles (de promotion, de recrutement, etc.) Pourtant, dans la fonction publique, celles-ci sont en principe claires et connues. Mais elles suscitent de la méfiance. « Il y a le sentiment que les choses sont décidées ailleurs, de manière opaque. », indique Audrey Deparcy.

Les actions

Début 2016, le groupe va commencer à élaborer un plan d’actions. Il va également réévaluer celles qui existent déjà (faut-il les pérenniser, les optimiser ?). Depuis 2012, il existe un dispositif de veille médico-sociale. Le service des ressources humaines, la médecine du travail et l’assistante sociale réalisent un suivi des personnels en arrêt maladie de plus de trente jours (visites à domicile, information sur leurs droits, réunions pour faire le point et trouver des solutions, etc.). « L’important est de garder le lien et de ne pas laisser des situations se scléroser », explique Sandrine Vanneste.

Toute cette activité est désormais organisée par la création il y a un an d’un pôle Qualité de vie au travail (QVT). Il mène d’importantes actions d’information et de sensibilisation : création d’un site, intervention lors de chaque journée d’accueil des nouveaux arrivants, mise en place d’une formation à la qualité de vie au travail depuis 2014, organisation de journées dédiées à la santé « Un temps pour soi » (sur le sommeil, par exemple, en avril 2015)… L’université propose également d’autres formations (au management), en hygiène-sécurité (sur la prévention de l’alcoolisme, par exemple.)

Cette formation et beaucoup d’autres sont ouvertes à tous. « Tout le monde est impliqué ! souligne Sandrine Vanneste. Nous avons besoin que chacun dans l’université remonte des informations, pour ne pas découvrir les situations trop tard, quand elles se seront déjà dégradées. »

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