Le style graphique mis au point spécialement pour le module

Pourquoi un cours sur la culture numérique

Les étudiants en première année de licence à Lille 3 viennent d’inaugurer le premier module « Culture numérique », au 2e semestre. Retour sur les enjeux d’un cours rare dans les universités actuelles.

En avril prochain, le parlement va débattre d’un projet de loi sur le renseignement. De nombreux observateurs s’alarment de dispositions jusqu’ici inédites, ouvrant la voie, selon eux, à une surveillance généralisée de la population. Pourtant, peu de citoyens semblent réellement s’intéresser à ces discussions. Faute, probablement, d’en saisir les enjeux. « Face à ces questions, il y a toute une littérature qui consiste à ne faire que des recommandations « évitez de faire ceci, ne cliquez pas sur cela » , observe Alain Preux, vice-président en charge du numérique . Mais si l’on ne fait qu’appliquer des recettes, on reste très vulnérable. »

Cette méconnaissance de la logique de notre environnement numérique existe dans une grande partie de la population, mais également  chez les jeunes.  « Le concept des digital natives, ces jeunes censés tout connaître du monde numérique parce que plongés dedans depuis tout petit, a fait long feu, estime Alain Preux,  co-concepteur du cours. Être familier des dernières applications et logiciels ne rend pas nécessairement apte à s’adapter aux évolutions en cours. »

C’est ce  constat qui a poussé des enseignants de l’université Lille 3 à concevoir un nouveau cours pour les étudiants de licence. « C’est un cours qui s’adresse à tous. Il ne s’agit pas d’entrer dans les détails techniques, explique Alain Preux. Notre but est vraiment de donner un savoir pour décoder les usages que nous faisons du numérique. »

En effet, beaucoup des politiques publiques en la matière se sont bornées jusqu’ici à des achats massifs de logiciels, de tablettes, etc. «Cela ne fonctionne pas. On reste en surface. » Parce que se focaliser sur les outils − logiciels, application − est contre-productif : ils évolueront. Pour doter les étudiants de bonnes facultés d’adaptation aux évolutions futures, il faut aller voir comment fonctionnent, dans les grandes lignes, les smartphones, des ordinateurs, des logiciels et des réseaux.

Laisser des étudiants se tenir à côté du monde moderne sous prétexte que ce n’est pas l’objet principal de leurs études, ne serait de toute façon pas leur rendre service. « Au même titre que la pratique des langues, les étudiants doivent parler le langage du numérique pour s’insérer dans le monde » indique Alain Preux. D’autres pays intègrent d’ailleurs ce genre d’enseignement à leur cursus général.

Un cours entièrement en ligne

L’équipe a fait le pari d’un cours entièrement en ligne. C’est une première. Jamais un cours en ligne n’avait été déployé à tous les étudiants de licence en même temps.  C’est aussi une des premières fois qu’un cours en ligne est réellement intégré à une unité d’enseignement. Il n’a pas vraiment d’équivalent dans les autres universités

« Ce cours est la première brique d’un ensemble », explique Alain Preux. Les cours suivants se succéderont, un par semestre jusqu’à la fin de la licence. « Le but est vraiment de donner une culture, ce qui ne peut s’acquérir que sur plusieurs années » indique Alain Preux.

Obtenir plus facilement la certification informatique et internet

Les enseignants vont conserver les réponses données par les étudiants aux cours de chaque semestre pendant la licence. Elles serviront à constituer un dossier, qui permettra à ceux qui le souhaitent de passer une partie du certificat informatique et internet (C2i niveau 1), reconnu au niveau national. Ce certificat permet à l’étudiant de prouver sur son CV qu’il a atteint un certain niveau. Utile pour montrer qu’on a un profil plus riche que son seul diplôme de sciences humaines et sociales, par exemple.

Culture numérique : le contenu des cours

Ce premier cours commence par évoquer l’histoire des ordinateurs, puis la naissance d’Internet dans les années 1970. Il aborde ensuite le fonctionnement de ce réseau mondial. Il montre notamment comment l’information s’échange entre expéditeur et destinataire, avec la nécessité de disposer d’un nom (comme www.univ-lille3.fr) dont l’adresse soit répertoriée dans un annuaire. Il aborde également le rôle essentiel de machines appelées routeurs. Avec des conséquences qui vont bien au-delà de la technique. Tous les routeurs qui relaient l’information peuvent ainsi en prendre connaissance, à moins qu’elle ne soit cryptée. Ils permettent aussi de filtrer les informations, ce qui est à la base du contrôle d’Internet par les régimes autoritaires.

Le cours évoque ensuite les différents supports qui acheminent les informations d’Internet : câbles électriques, fibres optiques, ondes pour le Wifi, le bluetooth, 4G, etc. Il évoque aussi les différentes entités (organismes ou entreprises) qui impactent le fonctionnement du réseau, parce qu’elles en détiennent des leviers stratégiques, comme l’ICANN, un organisme soumis au droit américain, ou parce qu’elles en fabriquent les éléments matériels (câbles, routeurs, etc.)

Les prochains cours

Le contenu des prochains cours est toujours en discussion entre les enseignants. Il abordera vraisemblablement le fonctionnement des pages Web et la manière de manipuler et de représenter les données sur Internet. Il évoquera également ce que sont les différents appareils (PC, smartphone, tablette, etc.), les systèmes d’exploitation (Android, Linux, Windows, etc.) L’un des fils rouges du cours sera la question de l’ouverture des standards et des normes de ces différentes technologies. Enfin, le module abordera également le fonctionnement des logiciels de bureautique, avec une nouvelle approche.

Les premiers retours sur le cours

Ce module n’ayant jamais été proposé jusqu’ici, il était important d’avoir des outils pour l’analyser. C’est pourquoi l’équipe s’est tournée vers l’observatoire des formations, de l’insertion et de la vie étudiante de Lille 3 (Ofive) pour concevoir un questionnaire détaillé.

Pour l’instant, un millier d’étudiants ont rendu le premier exercice d’approfondissement. Et un peu plus de 400 sont allés au bout du module. Il y a environ sept mille inscrits en première année de licence, mais en général, seule une petite moitié est réellement active à cette période (un phénomène classique dans les universités).

Selon les résultats préliminaires du questionnaire, les étudiants estiment que les pousser à faire des recherches personnelles est une bonne chose. Ceux qui ont achevé le module sont en majorité convaincus d’avoir acquis des compétences. En revanche, beaucoup pensent que cela ne relève pas de leur formation. « Très franchement, je préférerais que ce genre de cours soit dispensé avant l’université, en collège-lycée, indique Alain Preux. Mais ce n’est pas le cas, et on ne peut plus laisser des étudiants avec d’aussi grandes lacunes dans le domaine du numérique. »

Autre paradoxe : beaucoup estiment que la note qu’ils obtiennent (un point de plus sur la moyenne d’une unité d’enseignement, la dixième) n’est pas assez par rapport au travail qu’ils ont fourni. Mais quand on leur demande s’ils souhaiteraient un examen final, qui compterait a priori pour une note beaucoup plus importante, ils n’y sont étrangement pas du tout favorables… « Pourtant, c’est une option à considérer, explique Alain Preux. Mais cela demanderait une mobilisation des enseignants de l’établissement. Avant d’engager cette réflexion, il faut d’abord que nous puissions analyser l’ensemble du cours à l’issue de la licence. »

2 réflexions au sujet de « Pourquoi un cours sur la culture numérique »

  1. Bonjour,
    Merci pour cette initiative. Le projet est ambitieux cependant. Nous avons effectué une réflexion similaire, et proposons actuellement un MOOC culture numérique qui va paraître sur la plateforme européenne EMMA à la mi mai. Dispensant des cours de culture et d’écriture numérique à mes étudiants d’IUT, je confirme qu’étendre cette approche à tous les étudiants est très délicat et indispensable à la fois.
    Cordialement,
    Thibaud Hulin.

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