Cérémonie des vœux

La cérémonie des vœux s’est déroulée le 15 janvier.

Le programme était le suivant :
16h30-17h00 : accueil
17h00-18h00 : discours de Fabienne Blaise, présidente de l’université Lille 3,
remise des insignes des palmes académiques et remerciements aux collègues retraité-e-s
rythmé par
trois pièces de théâtre musical par Jean-François Vrod, violoniste, Benoit Ambrozy, Sarah Butruille, Sandrine Coletti, Elise Delahaye, Florence Detrez, Adeline Gron Catil, Florence Jankowski, Dyhanna Lecocq-Bermejo, Anne Lombard, Alexis Maerten, Laetitia Parisse-Mairesse, et Julien Seys,
étudiants de 2e année au centre de formation des musiciens intervenants (CFMI).

18h00-20h00 : cocktail

Le discours de Fabienne Blaise

Pas facile d’être léger, de faire un discours de vœux et de souhaiter la bonne année lorsque l’année commence aussi mal.
Je pensais vous parler du Learning center qui, au-delà d’un projet de construction, va irriguer notre stratégie d’établissement ; du projet ambitieux de l’Université de Lille, dont le succès dépend de notre travail en commun, de notre mobilisation, dès maintenant, pour le réaliser ; d’un autre projet essentiel pour notre région, et très ambitieux lui aussi : celui de l’Idex, qui sera déposé le 21 janvier et qui, je l’espère, permettra de faire en sorte que nos forces en matière de recherche et de formation soient reconnues.
Tout cela est crucial pour notre université, pour nos universités, mais je ne peux pas faire comme si tout ce qui s’est passé la semaine dernière ne s’était pas passé.

Alors que vous dire ?
Difficile de faire un discours après ces terribles événements, un discours à la hauteur de ceux qui ont perdu la vie pour défendre la liberté d’expression, pour protéger la vie de leurs concitoyens ou à cause de leur religion.

Je vais donc simplement parler de nous, de la communauté que nous formons, de la communauté universitaire. Cette communauté tellement ouverte que son objectif principal est d’en faire sortir ceux qui y sont entrés, de ne pas préempter leur avenir mais de les aider à le construire, de les faire sortir plus riches des connaissances que l’Université met dans leur bagage, connaissances fondées sur des bases solides, sur l’apprentissage de l’argumentation avec des idées et des mots dont on sait peser la valeur et la portée, savoir fondé sur l’exercice de la réflexion et de l’esprit critique, qui vous amène à bien peser toutes vos certitudes, qui vous évite de prendre pour argent comptant toute vulgate ou prétendue vérité, et vous rend par là-même libre et donc aussi tolérant à la parole des autres.

Nous pouvons et devons faire la leçon : c’est le travail des enseignants de l’université. Mais nous pouvons d’autant mieux en donner, des leçons, que nous savons, par le travail de recherche qui s’accomplit aussi à l’université, que ces leçons sont vouées continûment à être mises en questions, non pas pour en conclure que l’on peut dire tout et son contraire, mais pour toujours mieux fonder le savoir et le discours que nous dispensons selon un mouvement de va-et-vient entre « l’apprendre » et « le comprendre » qui nous pousse toujours plus loin, pour essayer d’éduquer et de former toujours mieux.

Et justement, ce qui s’est passé la semaine dernière nous amène à nous interroger sur notre fonction d’éducateurs et de chercheurs et à nous coller à nous-mêmes la mention « peut mieux faire ». Qu’avons-nous manqué ? Qu’est-ce qui nous échappe ? Pourquoi la violence se substitue-t-elle de plus en plus au débat ? Comment la propagation rapide d’opinions fausses peut coexister avec un savoir de plus en plus construit et de plus en plus largement enseigné ? Pourquoi les croyances sont-elles préférées aux démonstrations logiques - et cette question ne concerne pas seulement ce qui se passe en ce moment, qui en est une manifestation extrême ?

Localement, à notre modeste échelle, nous avons décidé en CA vendredi dernier d’organiser un événement (journée d’études, colloques, on ne sait pas encore), qui pose toutes ces questions et d’autres encore. Nous avons la chance d’avoir sous la main de quoi y répondre avec les sciences qui sont dispensées ici et que j’énumère sans souci de hiérarchisation ou d’exhaustivité : histoire, psychologie, sociologie, science de l’éducation et de la communication, de la compréhension des textes, linguistique, langues et interculturalité, philosophie, logique. Si nos deux sœurs lilloises veulent s’y associer, et les écoles, vous êtes les bienvenues.

Plus largement, il nous restera à mieux mettre en évidence et à mieux faire savoir que ces champs de la connaissance, que l’on relègue souvent du côté d’une réflexion oiseuse, sont au contraire les fondements indispensables de l’action. Face à la désinformation, de plus en plus organisée, notre responsabilité est de contribuer à une meilleure information.

Surtout, il faut que nous assumions pleinement le rôle important que nous avons à jouer en matière d’éducation. Bien sûr, l’université ne peut pas assumer ce rôle seule, mais elle doit prendre clairement conscience de la mission essentielle qui est la sienne et y répondre à la fois avec fierté et modestie.
Essayons d’éviter les phrases du style : « vous n’êtes pas sans savoir », ou « comme vous savez », que d’aucuns assènent d’autant plus volontiers qu’ils sont sûrs qu’en face d’eux, justement, on ne sait pas. Essayons de nous concentrer sur notre mission de pédagogue, au sens noble et étymologique du terme, qui amène les jeunes qu’il forme à savoir, mieux, qui contribue à les construire et à leur donner la confiance et l’estime de soi qui sont les meilleurs remèdes à la violence.
Soyons fiers de ce que nous enseignons, qui déconstruit et contrecarre les idées reçues, et continuons à nourrir cet enseignement d’une recherche qui le remet en question, et nous remet en question. C’est ainsi que nous défendrons le mieux les valeurs qui sont nôtres : la liberté d’expression, la laïcité et la tolérance.

J’ai beaucoup parlé de la mission des enseignants et des chercheurs, mais je n’oublie évidemment pas les personnels administratif et technique, qui sont le pilier de la communauté universitaire. Sans leur action au quotidien pour faire fonctionner l’université, impossible pour les enseignants et les chercheurs d’accomplir leur mission. En ces temps difficiles, permettez-moi toutefois de saluer plus particulièrement les collègues qui assurent jour et nuit la sécurité des personnels et des étudiants, et qui le font à la fois avec fermeté et bonhomie en préférant toujours la discussion à la réponse brutale.

En ces heures sombres, je le disais en commençant, il n’est pas facile de faire des vœux. Je vais pourtant en faire quelques-uns.
Je nous souhaite à tous le courage, l’énergie, la conviction et l’enthousiasme indispensables pour accomplir nos missions au service d’un avenir plus éduqué, plus cultivé, et plus juste.
Je vous souhaite aussi de trouver, en cette année 2015, tout ce qui donne du prix à la vie et aide à trouver la force d’avancer : la santé, bien sûr, mais aussi l’affection, l’amitié, l’amour et la tendresse. Ce qui nous donne notre humanité, en somme.

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